école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

L'équitation française :
de l'Art équestre à sa démocratisation.

Situer l'équitation française à l'approche de l'an 2000, la définir aujourd'hui par rapport à ses racines, aux équitations étrangères d'hier et d'aujourd'hui est une entreprise pleine d'embûches pour qui ne se tient pas obligatoirement au discours « politiquement correct ». Mais la difficulte ne nous rebute pas, d'autant plus que le sujet est passionnant...

Avant d'ouvrir le débat, entendons-nous d'abord sur la définition de l'équitation. Cela peut aller de l'action de se déplacer sur un cheval jusqu'à l'art de dresser les chevaux. Il y a autant d'écart entre ces deux formes extrêmes de l'équitation qu'entre le jogging et la danse classique.

Retenons, pour ce qui nous intéresse, l'équitation comme tronc commun de toutes les branches spécialisées, aussi bien sportives qu'académiques et artistiques. à partir de cette équitation de base, chacun cherchera ce dont il a besoin, mais qui devra passer inexorablement par l'étude de l'équilibre dans la pratique des gymnastiques appropriées, toujours réglées par la légèreté, c'est-à-dire le minimum de forces et de contraintes tant du cheval que du cavalier. L'application raisonnée de la progression proposée devra permettre de faire évoluer les chevaux sans effort et dans le maximum de discrétion.

A l'état libre, un jeune cheval se déplace dans toutes ses allures avec aisance et dans un équilibre parfait. Port d'encolure altier, mouvements brillants et elastiques, tous les muscles et les articulations jouent facilement. Il est superbe parce que rien ne le gêne. Aussitôt monté, l'équilibre se perd, la cadence s'altère, les allures s'aplatissent : la grâce s'est énvolée !


Avec le trakehner, les Allemands disposaient du cheval de selle
par excellence que les cavaliers montaient dans un équilibre parfait.
Ici, le lieutenant allemand Pollet, sur Chronos, aux jeux Olympiques de 1936,
à Berlin, où les Allemands dominèrent les trois disciplines équestres.

 

équilibre perdu

La première préoccupation du premier cavalier qui enfourche un jeune cheval va être de se faire accepter, de l'habituer à le porter par une assiette et un rein qui fonctionnent à l'unisson du dos du cheval, cela sans l'inquiéter par l'action incontrôlée ou démesurée des mains et des jambes. L'équitation commence là : une pratique aisée composée de tact, d'expérience et de savoir acquis. La connaissance de l'usage des règles qui déterminent la position en sont le fondement. Elle devient un art par le talent, le sentiment, le goût de l'écuyer et par la beauté qu'elle produit.

Les fondements de l'équitation se sont lentement élaborés dans l'Antiquité alors que les premiers cavaliers pratiquaient la guerre, le sport et le jeu. « L'Art équestre » de Xénophon est la première trace écrite de cette « préhistoire« . En revanche, les véritables bases de l'équitation occidentale latine ne datent que du XVème siècle. Elles deviendront une forme d'expression et une technique de combat issues de la Péninsule Ibérique avec les merveilleux Genêts d'Espagne. Et c'est dans l'Italie de la Renaissance domaine de l'équitation formelle.

Les académies napolitaines et florentines, les ouvrages des premiers maîtres italiens vont influencer les éats voisins, particulièrement la France, l'Autriche et l'Allemagne où les institutions équestres atteindront leur plein épanouissement.

 

L'apogée à Versailles

L'art nouveau ne cessera de s'y perfectionner conformément aux caractères de chacune de ces nations. Il atteindra son apogée au XVIIIème siècle au manège royal de Versailles où, délivré des exigences du combat, il s'orientera vers des finalités artistiques et progressivement « plus larges et perçantes » qui deviendront « sportives ».

Les Français ont découvert en Italie un mouvement culturel multiforme et très créatif. L'équitation était l'une des branches artistiques explorées par les Italiens de la Renaissance. En 1547, ils ouvrent leurs premières académies d'équitation sur le modèle italien. Henri VIII d'Angleterre fera venir des écuyers italiens, les ouvrages des maîtres napolitains vont être traduits en français, en allemand, en anglais dès 1559.

Les Allemands, peuple cavalier, subiront aussi l'attraction italienne. Salomon de la Broue (1552-1602) apportera de nombreuses corrections vers davantage de douceur et de compréhension. Pluvinel (1555-1620) se libérera de l'influence italienne dont il rejettera la violence.

Ces évolutions se poursuivront jusqu'au XVIIIème siècle pour y atteindre un sommet. Adoucissement des embouchures et des enrênements, assouplissements gymnastiques, adaptation à là nature des chevaux. Simplification et clarification des principes.


L'équitation allemande, illustrée ici par la championne Olympique Isabell Werth
sur Gigolo, est, paraît-il, un peu contrainte. Cependant, gardons-nous bien de la
critiquer tant que nous ne serons pas capables d'ajouter au sérieux et au travail
des Allemands la grâce et la légèreté qui fut la marque de l'équitation française.

 

La formation des écoles

L'école germanique a suivi un cheminement parallèle. Les Germains sont, depuis l'aube des temps, un peuple d'essence cavalière. Auxiliaires « Barbares » des légions de César, toujours partagés entre la force brutale et des idéaux élevés, ils sont déjà des précurseurs en matière de cavalerie militaire. Ils vont assimiler les apports italiens et anglais d'abord, en les adaptant à leur fonds national. Les premiers auteurs vont aborder de façon sérieuse et détaillée ce nouvel art militaire d'inspiration cosmopolite.

 

L'écoles allemande

L'école de Gettingen, fondée en 1734 et dont l'importance équivalait à celle de Versailles, marque l'évolution de l'équitation germanique vers la manière française et l'abandon de la rudesse napolitaine. Hünersdorf rédige en 1791 sa méthode où il manifeste son admiration pour La Guérinière. Les maîtres Ayrer (1732-1817), Seeger (1794-1863), et Steinbrecht (1808-1885) puisent leur doctrine à la source de l'équitation romane.

Retenons ce jugement du général Decarpentry, expert s'il en fut, sur le « Gymnase du Cheval » de Steinbrecht. C'est assurément le traité de Haute école le plus complet qui ait été écrit « un véritable monument de l'art équestre ». La lignée d'écuyers germaniques dans la filiation de Versailles ne se déjugera plus jusqu'à l'oeuvre du colonel Podhajsky, prestigieux directeur de l'école de Vienne et juge international. Il publie, en 1965, dans l'excellente « équitation » des règles et pratiques équestres dont l'inspiration est totalement versaillaise.

Jusqu'aux années 1940, les cavaliers d'outre-Rhin cultivent avec la rigueur qui leur est propre une équitation qui reste attachée aux sources classiques. Les photos que l'on possède prouvent qu'ils n'ont encore perdu ni légèreté, ni brillant et que le rassembler existe toujours. Ce que l'on ignore, c'est que l'actuel règlement de la Fédération équestre internationale, qui est un modèle de prescriptions classiques, a été rédigé par le Général Decarpentry associé au Général allemand von Holzing ! Hélas, on se demande parfois si les responsables de l'équitation actuelle en ont pris connaissance...

Restons en Allemagne et tâchons de comprendre comment l'équitation d'hier est devenue ce qu'elle est aujourd'hui. On ne peut pas ignorer l'importance des chevaux, de leur nature et de leur modèle dans l'évolution des traditions équestres.


Les membres du Cadre Noir de Saumur sont les derniers détenteurs d'un
savoir équestre de plus en plus difficile à transmettre. Ils sont aujourd'hui
les seuls à pouvoir restaurer un tissu équestre de qualité.

 

Grandeur et décadence

Avec le trakehner, race créée au début du XVIIIème siècle par Fredéric Ier de Prusse à partir de chevaux de cette contrée, croisés avec des pur-sang arabes et anglais de cette époque, les Allemands disposaient du cheval de selle par excellence. De taille moyenne, d'une élégance rare, doté d'allures amples et souples, de force et d'un excellent caractère, il permit aux Allemands, dix ans après la première guerre, de renouer avec les succès internationaux.

Les jeux Olympiques de 1936 virent leur victoire dans les trois disciplines. En 1945, les troupes soviétiques s'emparèrent de la totalité du haras de Trakehnen, qui était l'un des plus importants du monde, et déplacèrent les chevaux à Kharkov, où ils sont encore. Les éleveurs de l'ex-R.F.A. durent, avec ce qui leur restait, recréer les types que nous connaissons et qui, malgré une évolution vers plus de finesse, sont encore souvent excessivement « surdimensionnés ». Malgré leurs incontestables succès en toutes disciplines, il faut admettre qu'il est plus difficile de monter en finesse des animaux qui dépassent le mètre soixante-quinze et pèsent plus de 650 kg.

 

Une précision mécanique

La tradition des maîtres allemands a formé, jusqu'à la dernière guerre, une chaîne continue et homogène que l'entraîneur national W. Schulteiss disait, en 1975, « inchangée depuis cent cinquante ans et basée sur les principes de l'ancienne école française ». Cela est en partie exact, à cela près qu'à la disparition des fameux trakehners, il faut ajouter celle des derniers grands maîtres dont très peu survécurent à la guerre. Constatons simplement que, malgré les altérations qu'elle a pu apporter à ses sources, l'école germanique par ses exigences de position, sa rigueur et l'application méthodique qui la caractérise lui a permis de s'imposer d'abord en dressage et ensuite en saut d'obstacle.

On parlait avec condescendance de « la soumission exemplaire et un peu contrainte » (Decarpentry) de l'équitation d'outre-Rhin. On l'opposait à l'aimable facilité et au brillant de l'école romane (Decarpentry). Ce qui est certain, c'est que la « précision mécanique" opposée « à l'inspiration latine » a souvent tourné à la confusion de cette dernière. Modérons donc nos critiques jusqu'à ce que nous soyons capables d'ajouter au sérieux de leur travail cette grâce et cette légèreté qui fut, paraît-il, la marque de l'équitation de tradition française.


Catherine Durand Henriquet, l'élève et l'épouse de Michel Henriquet, est rapidement parvenue
au plus haut niveau avec un cheval ibérique. Elle a prouvé qu'il était possible de se mesurer aux
ténors allemands et à leurs chevaux surdimensionnés avec un modèle plus petit et moins massif.

 

Revenons en France

L'équitation pratiquée en France est-elle satisfaisante ? En se plaçant du point de vue de la formation de l'encadrement, de la clarté des principes et des moyens, de l'harmonie qui règne entre les cavaliers et leurs montures dans les centres équestres, du plaisir d'être à cheval et de l'envie d'aller plus loin, le bilan est-il positif ? Il serait difficile de trouver une majorité pour l'affirmer. Le fait que le taux de désaffection des cavaliers soit l'un des plus importants du monde sportif est également significatif d'un malaise.

Si quelques dizaines d'heures de reprises collectives sont suffisantes pour permettre aux élèves de se déplacer sur des montures dénuées de sang et de réactions vives et sous la conduite d'un moniteur, jamais ces équitants ne seront capables d'assumer la maîtrise et la conduite de chevaux normaux. La mise en selle, c'est-à-dire la position, l'orientation des aides, le fonctionnement du corps et, surtout, la direction du cheval qui n'est pas précédé d'un congénère poseront d'éternels problèmes. Le fonctionnement du corps dans les transitions d'allures qui représentent 50 % du dressage et de l'équilibrage d'un cheval ne peut être réalisé à la queue leu leu. La confusion entre bonne assiette et assiette solide demeure. Toutes ces lacunes sont les dernières traces de l'enseignement militaire qui n'était que du transport hippomobile de masse. Tout véritable cavalier sait, par exemple, qu'on ne peut aquérir une bonne position qu'en travaillant celle-ci dans le mouvement, monté sur un cheval tourné à la longe. Ce travail n'est ni superflu, ni du luxe. Il est incontournable.

 

Les racines du mal

Découvrir toutes les racines du mal nécessite une étude approfondie de tout ce qui compose le milieu équestre : les hommes et les institutions, les cadres et leurs formateurs, les établissements et les chevaux utilisés, les programmes de formation et les manuels, les examens, etc.

Une exigence de culture générale est imposée pour la délivrance des diplômes d'enseignants et on ne peut que s'en féliciter. L'introduction récente d'une méthode pédagogique polyvalente pour les enseignements sportifs adaptée à l'équitation est intéressante bien que les spécificités de notre sport n'y apparaissent pas nettement prises en compte. Une certaine « mythification » de ce système m'inquiète sur deux points. D'abord, lorsqu'un dirigeant de premier rang veut me convaincre qu' « avec une bonne pédagogie, il n'est plus nécessaire que le maître soit plus fort que l'élève ». Lorsque cela vient d'une haute personnalité qui règne sur l'enseignement équestre, même si elle n'est pas elle-même très cavalière, cela me fait peur ! Mon inquiétude demeure lorsque je m'aperçois que toutes les réformes réalisées ou proposées ne portent que sur l'amélioration des connaissances générales extra-équestres et de la science de l'enseignement, sans que le savoir hippique exigé de ces mêmes enseignants ne soit considérablement renforcé. Il est vrai qu'on ne leur demande maintenant que d'être des « animateurs de clubs » et de ne pas être « trop techniques » !


Il est étonnant de constater que, aussi bien en concours hippique
qu'en dressage, les champions français sont rarement des produits
issus du système. Ils sont, le plus souvent, autodidactes ou formés
par leurs parents. Stéphane Delaveau, ici photographié avec
Roxane de Gruchy, en est un bon exemple.

 

Les manuels officiels

J'ai récemment traité dans ces pages des manuels fédéraux et n'y reviendrai donc que brièvement (galops 1 à 4 et 5 à 7). D'une édition sur l'autre, depuis le milieu du XIXème siècle, les manuels d'équitation officiels reprenaient les recommandations parfois simplistes et empiriques héritées des règlements militaires dont le seul but était de rendre opérationnels des milliers d'hommes et de chevaux à déplacer d'un point à un autre en cas de guerre. C'est ainsi que l'on retrouve dans le dernier manuel pédagogique la consigne impensable de « tourner en faisant déraper l'arrière main ».

Dans le galop 1 à 4, l'équilibre assis prévu avec « le poids du corps sur les ischions », ce qui continue à créer des générations recroquevillées avec ante-version du coccyx et voussure du dos. L'assiette n'est jamais correctement définie. On vous prescrit des départs au galop dans lesquels on recommande : « ne pas hésiter à traverser légèrement sa monture », ce qui est la négation de l'équilibre de base. Le cheval tendu y est décrit comme subissant une tension contre la main au lieu de la tension du cheval sur lui-même, au contact de la main. Dans les déplacements latéraux (épaule en dedans), une aberration recommande de mettre la jambe intérieure en arrière. La description des aides du reculer que l'on doit « déclencher avec les deux jambes en fermant les doigts sur les rênes pour faire rebondir le cheval sur la main fermée » est une véritable horreur et une incitation à la brutalité. Conseiller de « longer sur le filet » se révèle meurtrier pour la bouche des chevaux. En longe : non à la « tension constante » ! Oui, à la demi-tension sur un poignet moelleux.

 

Dégâts irréversibles ?

Si je ne passais pas ma vie à constater, chez moi ou à travers la France, les dégâts irréversibles provoqués par ces pernicieuses recommandations, je n'y serais sans doute pas autant sensibilisé. Je ne rencontre pas, même à haut niveau, dix cavaliers sur cent qui ont une position correcte. Je ne trouve pas un cavalier sur cent qui tourne sans tirer sur sa rêne intérieure, induisant ainsi les cassures d'encolure et la fuite des épaules à l'opposé du tourner demandé. Extirper ces tares provoquées est cent fois plus difficile que d'enseigner dès le début, même aux enfants, les gestes justes.

C'est avec les déviances des manuels, dans la formation, qu'il faut chercher l'explication des problèmes de l'équitation en cette fin de millénaire. Nous sommes, je crois, une des seules nations à délivrer et à exiger un diplôme d'état pour l'enseignement de l'équitation. Qui oserait prétendre que nous sommes mieux à cheval et que nos résultats dominent ceux des autres pays cavaliers ?

Le monitorat, brevet d'état d'éducation physique sportif du premier degré, est préparé auprès des responsables de centres équestres eux-mêmes diplômés et agréés ; parfois recommandables, souvent, hélas, d'une insuffisance qu'ils ne peuvent que transmettre. C'est ainsi que se perpétuent des générations de moniteurs dont seuls les plus clairvoyants parviendront à améliorer leur formation. Les autres enseigneront ce qu'ils ne savent pas à des aspirants cavaliers qui veulent savoir et qui mourront idiots. Tous seront diplômés !


Dans le système actuel, la plupart des cavaliers ne sauront jamais se débrouiller seul avec un cheval réactif
et plein de sang. Le taux record d'abandons de l'équitation est d'ailleurs révélateur d'un certain malaise.

 

Les formations en cause

L'instructorat - brevet d'état du second degré - est préparé à l'école nationale d'équitation à Saumur qui est, elle-même, sous la tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports et, très partiellement, de l'Agriculture et de la Défense. La formation s'étale sur une dizaine de mois. On y accède par des tests de culture générale, d'équitation et des « entretiens ». Son programme comporte de la mise en selle, de l'obstacle, du cross et une formation pédagogique dressage, obstacle et gymnastique, Pour les cavaliers des centres équestres, l'instructeur incarne la compétence et l'ultime recours. Ils en attendent le savoir, l'exemple et la capacité de démontrer.

Sur deux mille diplômés, on compte moins de trois cents instructeurs. Les matières à étudier sont donc lourdes par leur nombre mais légères si l'on tient compte des amputations en cours d'année, des événements imprévus : cadres en déplacement, chevaux indisponibles, etc. Les diplômés déclarent apprécier l'ouverture des cadres à leurs questions, la qualité des contacts, les chevaux souvent âgés mais instruits. La plupart attendaient davantage « de ce qui était (pour eux) le temple de l'équitation ». Ils espéraient un enseignement plus poussé des disciplines qu'ils avaient choisies, une organisation plus rigoureuse, des cours théoriques plus substanitiels et, surtout, monter davantage dans de meilleures conditions. Nous avons vu plus haut, il est évident que dans des reprises à dix cavaliers, il est impossible d'aborder un niveau sérieux. Comment apprendre à manier un cheval alors qu'on est à la fois tiré et freiné par le précédent ? Comment effectuer des transitions d'allures par l'assiette, des changements de direction et d'équilibre, dans ces conditions ?

 

Des animateurs d'abord

Si le corps de doctrine existe dans l'esprit des hauts responsables (les ouvrages de Lhotte, de Decarpentry), il n'est pas évident qu'il tienne une grande place dans les cours. Un autre élément est la part substantielle que la pédagogie prend pour l'examen. Ce serait excellent si la technique était développée dans les mêmes proportions. C'est loin d'être le cas! ]'ajoute que cette pédagogie - dont je ne conteste pas l'intérêt - est en quelque sorte polyvalente, multi-sports, d'où une formulation qui ne va pas dans le sens de la clarté.

L'examen lui-même, organisé par les spécialistes un peu technocrates de la Jeunesse et des Sports, est un bachotage qui fait qu'un cavalier équestrement médiocre, mais sachant s'exprimer, réussira mieux que celui doté des ca ractéristiques inverses.

Tout cela est inquiétant lorsqu'on sait qu'une fois en fonction, l'instructeur absorbé par beaucoup de tâches extra-équestres n'aura plus d'occasion de se former et que cinq à huit ans de pratique et d'études intenses sont nécessaires pour faire un bon cavalier.

Espérons que notre corps d'écuyers professeurs de l'E.N.E., déjà empêché de se consacrer exclusivement à l'art équestre, sera au moins en mesure de recréer un tissu équestre de qualité. Dans l'encadrement national, ils formeront le dernier carré.


La formation des enseignants français ne fait pas d'eux de bons cavaliers. On leur demande d'être
des animateurs et des pédagogues au détriment de leur niveau équestre. En outre, ils sont souvent
formés auprès d'autres professionnels dont les bases équestres sont discutables, d'où le cercle vicieux...

 

Constatation et conclusion

Une des remarques les plus intéressantes qui vient à l'esprit, lorsqu'on passe en revue les cavaliers français de toutes les disciplines qui se sont distingués à haut niveau national et international, c'est que fort peu sont issus du système officiel. Cela est vrai depuis qu'il fonctionne, c'est-à-dire de nombreuses décades. Il ne s'agit pas de sous estimer l'intérêt et l'utilité de l'assistance apportée aux cavaliers qui se sont hissés au premier plan de leurs disciplines. Ils sont depuis une dizaine d'années convenablement soutenus par les instances fédérales.

En revanche, le système en place devrait, parallèlement à l'objectif de satisfaire à la demande de formation à une équitation élémentaire dite de loisir, impérativement répondre à la nécessité de créer une pépinière de jeunes cavaliers que leur ambition véritablement sportive inciterait à aller au-delà. Le niveau actuel des structures d'encadrement est incapable de répondre à cette nécessité. Tous ceux qui connaissent bien le monde des grands cavaliers français savent que, pour ce qui concerne le saut d'obstacle, ils sont le plus souvent les héritiers d'une compétence paternelle ou amicale et que très peu sont passés par la filière officielle. Il en va de même dans le dressage avec quelques rares autodidactes, la plupart ayant fait appel à des maîtres étrangers.

La solution n'est certainement pas facile à mettre en place, mais le malaise demeurera tant qu'aucune réponse ne pourra être donnée aux cavaliers qui demandent où et comment ils peuvent acquérir et développer une équitation de base solide et classique.

Michel Henriquet - Novembre 1996